Chapitre 2 : Le coin englouti
Le lendemain matin, en entrant dans l'école, rien ne nous paraissait anormal. Comme à notre habitude, nous nous installâmes dans notre petit coin à nous, isolés des autres personnes et pas perturbés pour le moins du monde. Il ne restait plus rien de l'inondation de la veille, nous ne demandions que cela.
Ce ne fut qu'à la récréation que quelque chose d'énorme nous sauta aux yeux : dans le coin, entre le mur du bureau de la directrice et celui du préau, une flaque d'eau immense. Très opaque à cause du sable sur lequel elle s'était faite, nous ne pouvions pas voir le fond. Entre les bords en pierre et le fond de ce petit bac à sable, il n'y avait qu'un ou deux centimètres de différence, elle ne devait donc pas être très profonde.
Et pourtant... Un CP avait balancé involontairement son ballon dedans. Voyant qu'il ne ressortait pas et croyant que ce n'était qu'une simple flaque d'eau, il avait sauté pieds joints dedans. Avant qu'on ait put faire un geste, il disparut.
Les autres qui avaient assisté à la scène, appelèrent un maître. Mais ce maître, M. Casaey, ne pouvait absolument rien faire et guetta alors tous les remous qui se produisaient. Dix minutes plus tard, le garçon ressortit, tout sec, mais avec un terrible choc. Il raconta à M. Casaey une histoire d'extra-terrestre.
- Il a l'air bien sonné ! dis-je.
- C'est vrai qu'il a vu des extra-terrestres ? demanda Anne.
- Oui, répondit Paul, j'ai entendu les autres en parler.
- Ils devraient l'envoyer dans un hôpital psychiatrique ! dit Benoît.
Il y eut un petit silence entre nous. Les propos de Benoît étaient gênants, mais nous pensions la même chose.
- Le ballon n'est pas ressorti, dit soudainement Anne.
Et comme par magie, des petits bouts de ballon déchiqueté ressortirent.
- Le voilà ! dit Benoît en plaisantant.
- Mais plus sous la même apparence ! rajoutai-je.
Anne leva les yeux au ciel. Benoît et moi étions toujours de mèche pour dire des choses volontairement stupides quand nous savions que cela l'agaçait.
L'après-midi, il fit une chaleur étouffante. Cela avait été direct : dès que j'étais revenue à l'école, après le déjeuner, il faisait plus de trente degrés. Mais malgré cela, la flaque d'eau n'avait toujours pas disparu et avait gardé le même niveau. Elle était très tenace.
=Camille, qui embêtait tout le temps Blandine et Lisa, les avait poussées dedans. Là, il n'y eut pas besoin d'appeler M. Casaey, il vint tout de suite, prévenu par un petit. Camille fut punie et beaucoup grondée.
Lisa et Blandine ressortirent sous le même choc que celui du CP. Et un peu plus tard, c'était le tour d'une fille de CE1. Nous étions prévenus du danger, mais les accidents se répétaient. Il n'y avait aucun instituteur pour la surveiller, ce que je jugeai d'irresponsable. Alors que chaque accident minime était suivi, pourquoi aucun adulte ne prenait compte de ceux-ci, pourtant bien plus grave ?
- Tu crois qu'elle va disparaître, la flaque ? demanda Paul à Anne
- Je n'en ai aucune idée, répondit Anne.
- J'ai peur...
- Pour ne pas tomber dedans, coupa Benoît d'un ton autoritaire, il suffit de ni s'en approcher ni faire l'idiot et c'est bon ! Ca ne sert à rien d'avoir peur !
Le reste de la semaine avait été du plus étrange que l'on pouvait imaginer. Nous étions mercredi. Il faisait très beau, toujours trente degrés, comme la veille, ce qui était très chaud pour un mois de mars. En tout cas, je m'étais bien amusée avec Benoît et Anne. Nous faisions un jeu, dans le jardin. Puis on courait partout dans le jardin quand Paul est arrivé. Il s'intégra à notre jeu purement improvisé, et nous arrêtâmes, bientôt complètement exténués. Habitués à une température dépassant très rarement quinze degrés ces derniers mois, nous nous retrouvions avec le double d'un seul coup. Mes parents travaillaient dans un centre de météorologie, et il m'assurait qu'ils n'avaient jamais vu cela. Mais avec un sourire en coin. Qu'est-ce que tout ce bazar pouvait bien signifier ?
Le lendemain, un jeudi, nous étions revenus à la température normale pour un mois de mars. Je partis à l'école avec mes trois amis. Guillaume et Léa, les deux petits de la famille, y étaient accompagnés par notre nounou, Mme Kales.
En arrivant à l'école, la flaque avait disparu. Il ne restait plus qu'un profond tout noir, poussiéreux aux parois inégales. Cette fois-ci, on nous interdit de nous pencher au-dessus. Personne n'était assez fou pour le faire, mais avec les accidents de la veille, on ne savait jamais.
Une institutrice, par curiosité, jeta des bouts de ballons dedans. Ceux-ci ressortirent immédiatement, et intacts.
En classe, quand nous fûmes tous assis, M. Ghonès fut bombardé de questions.
- Qu'est-ce que c'était ?
- Un gros trou noir.
- Il va disparaître ?
- Oui, au bout d'un moment.
- Si on tombe dedans ça fait quoi ?
- Rien. On a déjà testé ; et quelque chose amorti la chute puis nous fait remonter. Nous avons déjà eu affaire à quelque chose comme cela.
Il posa quelque feuille sur son bureau, l'air songeur, et repris.
- Quelqu'un, un volontaire, voudra bien faire l'expérience ?
- Dedans ?
- Oui, et pendant la récréation. Vous pourrez être plusieurs. Ne vous inquiétez pas, c'est sans danger.
Tout le monde fut surpris de cette proposition. Un silence prit place, et seulement quatre doigts se levèrent. Dont un hésitant. C'était nous quatre (inutile de préciser que nous étions dans la même classe). Je ne me demandais même pas comment allaient réagir Papa et Maman lorsqu'ils allaient apprendre que j'étais partie sous terre sans les prévenir, ni en quel droit un instituteur pouvait nous autoriser à faire cela. J'avais trop envie.
- Vous ? s'étonna M. Ghonès.
Tout le monde nous regardait avec des yeux ronds comme des soucoupes. C'était vrai que ce n'était pas vraiment dans notre genre d'aller jouer les aventuriers sous terre, mais l'envie était trop tentante.
- Même toi, Paul ? Bon, eh bien... C'est d'accord !
Donc, à la récréation, on nous équipa de lampes de poche et de sacs. Il paraissait qu'il y avait des choses en bas. J'avais un peu peur. Le goût de l'aventure se réveillait en mois comme un vieille animal fatigué qui aurait passé les trois quarts de sa vie à dormir.
Les autres élèves de ma classe étaient un peu « jaloux ».
- Si j'avais su qu'il y avait des choses à prendre, je serai venu... grogna Thomas.
- Bonne chance, nous dit M. Ghonès. Soyez prudents.
Mais on voyait bien que dans sa voix, il n'était pas très sérieux. Cette petite expédition ne devait pas être très dangereuse. Pourquoi nous aurait-on dit d'aller dans le trou s'il y avait des risques ? N'était-il pas responsable de nous pendant les temps de classe ?
Nous sautâmes dans le trou. Tout était noir et nous ne pouvions plus nous voir. Nous tombions. Nous ne voyions même plus les parois. Mais un moment, nous vîmes une petite lumière et nous aperçûmes le sol qui s'approchait, qui s'approchait... jusqu'à que nous le touchâmes, que nous atterrissions tout en douceur. Là, tout était bien éclairé. Nous vîmes des coffres, des gros et des petits, chacun rempli à ras bords de choses brillantes. C'était sans doute cela qui éclairait.
- Pas mal ! s'exclama Benoît, essayant de masquer son inquiétude. On en prend combien ?
- Un coffre chacun, suggéra Anne.
À peine avait-elle prononcé ses mots que des robots arrivèrent. C'était un empilement de boîtes métalliques en pavé posées les unes sur les autres, et des sortes de tuyaux d'arrosage pour les bras et les jambes. Les petits yeux blancs et artificiels ressortaient sur leur tête et leur bouche était quasiment invisible. Les pieds, asymétriques, leur donnait l'impression de boiter.
Anne poussa un hurlement déchirant qui nous fit tous sursauter.
- Pas de panique ! m'écriais-je aussitôt. Si on nous a envoyé là, ce ne doit pas être très dangereux. Je vous signale qu'on est sous leur responsabilité et que s'il nous arrive des choses, c'est eux qui auront des ennuis.
- Logique, soutint Benoît. Calme-toi, Anne, je suis certain que ces robots sont gentils.
Mais il y avait de la peur dans notre voix, et Anne l'avait sans doute remarqué. Cela ne la rassura pas du tout. Elle se mit à paniquer, à s'agiter, à regarder en l'air comme si le ciel – un peu plus éloigné qu'à l'ordinaire – pouvait l'aider.
- Comment on remonte ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas ! paniquai-je.
Elle se précipita contre une paroi et se mit en boule en recouvrant sa tête de ses bras, attendant l'heure de sa mort. Moi, je ne savais plus quoi faire. Me mettre dans la même position qu'Anne ? Non, je n'étais pas une poule mouillée. N'empêche, en voyant les robots avancer, je le fis quand même. Paul nous rejoignit dans un sursaut de peur, et il ne resta plus que Benoît en face.
- Hé... ! Venez, quoi !... dit-il.
Il était coincé entre être peureux ou être courageux. Situation difficile, lorsque l'on s'efforçait de paraître fort et raisonnable. Et qu'est-ce qu'il fit ? Il resta planté là, les poings serrés, en fermant les yeux.
Les soi-disant robots nous regardaient d'un air surpris et un peu moqueur. Des petits apportèrent des petits coffres fermés dans nos sacs, nous fixant de leurs yeux étranges, et nous nous envolâmes, sans avoir rien eu à faire. Nos pieds quittèrent le sol sans que n'ayons eu exactement le temps de nous en apercevoir. La lumière disparut, le noir refit surface, puis nous sentîmes le sol s'approcher, jusqu'à atterrir dessus tout en douceur.
- Ca s'est bien passé ? nous demanda M. Ghonès à notre arrivée.
- Oui, répondis Benoît. Anne a eut un petit peu peur, Mariette et Paul aussi, mais moi...
- Un papier est tombé de ton sac, Mariette, coupa M. Ghonès.
Je me baissai et je pris le papier. C'était un mot des robots. Je le lus, ainsi qu'Anne et Benoît par-dessus mes épaules.
Cher visiteurs,
Nou some les robot sour-mué et nou nou excuson pour ne pa avoir di bonjour. En faite, vou avé pénétré dan la grote des robot sour-mué. Nou ne pouvon pa vivre avaic les autre normal alor on vi la. Merci pour nou avoir pri des coffre en échange de votre visite, sa nou remonte le moral.
désolé pour les fotes, on né pas allé à l'écol, on a apri a la méson et Maman et Papa fon pa bien les cour
au revoir et a biento
Avec toutes ces fautes, nous eûmes un peu de mal à lire. Au final, nous nous sentions bêtes d'avoir eu si peur pour si peu...